Même si la France est en grande partie connectée, une part non négligeable de la population, notam- ment parmi les seniors, peine encore à effectuer des démarches simples sur Internet, accéder à des services en ligne ou utiliser efficacement un smartphone ou un ordinateur. Cette réalité porte un nom : la fracture numérique. Elle reflète une inégalité d’accès et de compétences qui pèse sur la vie quotidienne de millions de personnes.
Selon l’enquête la plus récente sur ce sujet, environ 15 % des personnes âgées de 15 ans et plus en France sont aujourd’hui en situation d’illectronisme. Ce terme désigne la difficulté ou l’incapacité à utiliser des outils numériques pour accomplir des tâches essentielles comme trouver une information, envoyer un courriel, remplir un formulaire ou protéger ses données personnelles.
La situation est particulièrement marquée chez les seniors. Si une large majorité des personnes de 60 à 74 ans utilisent Internet régulièrement, la proportion de ceux qui n’utilisent pas Internet du tout augmente avec l’âge, surtout au-delà de 75 ans. L’accès à la connexion est une première étape, mais la maîtrise des compétences numériques de base reste une barrière majeure, même pour des tâches aussi simples que consulter un relevé bancaire ou envoyer un message sécurisé à son médecin.
Des conséquences concrètes au quotidien
Cette fracture numérique ne se résume pas à une question de génération ou de confort : elle impacte directement la vie quotidienne. Au- jourd’hui, de plus en plus de services publics, prises de rendez-vous médicaux, déclarations fiscales, démarches d’aide sociale ou consulta- tions de droits, se font majoritairement en ligne. Sans accès ou sans compétences suffisantes, des personnes se trouvent exclues de services essentiels ou contraintes de dépendre d’un proche pour des tâches simples.
Pour de nombreux seniors, l’absence de fami- liarité avec les interfaces, les mots de passe ou les systèmes de sécurité en ligne engendre frustration, anxiété et sentiment d’exclusion, ce qui peut renforcer l’isolement social. Une étude récente montre que 27 % des plus de 60 ans n’utilisent jamais Internet, un chiffre qui reflète non seulement un manque d’accès mais aussi un manque d’accompagnement adapté.
Les origines de l’illectronisme
Les causes de la fracture numérique sont multiples. D’une part, il existe une inégalité géographique : certaines zones rurales sont moins bien couvertes en fibre ou en réseau mobile, ce qui complique l’accès à Internet à domicile. D’autre part, le manque d’acquisition des compétences de base, rechercher une information fiable, distinguer un site sécurisé d’un faux, comprendre les enjeux de la protection des données, constitue une difficulté permanente pour une part significative des seniors.
Enfin, la dématérialisation accélérée des services publics augmente la pression sur les usagers. Si elle peut rendre les démarches plus rapides pour
les habitués du numérique, elle pénalise aussi ceux qui ne disposent pas d’accompagnement ou de formation pour s’y adapter.
Des solutions en action
Face à ces enjeux, plusieurs initiatives cherchent à réduire le fossé numérique. Sur le plan associatif, des structures se mobilisent pour offrir des ateliers d’apprentissage adaptés aux seniors, où l’on apprend à utiliser un smartphone, à naviguer sur Internet ou à identifier une arnaque en ligne. Ces formations personnalisées, souvent gratuites, peuvent transformer une appréhension en confiance.
Des dispositifs comme le Fraternibus, une initiative solidaire qui se déplace en zones rurales pour accompagner les seniors dans leurs démarches numériques, montrent qu’il est possible d’aller au-delà du simple diagnostic : une présence humaine et un accompagnement concret peuvent faire la différence.
De leur côté, certaines collectivités développent des espaces publics numériques, accessibles avec l’aide de médiateurs, pour familiariser les usagers aux outils et services essentiels.
Un enjeu sociétal
La fracture numérique n’est pas seulement une question de technologie : c’est un enjeu social et culturel. Tant que des segments entiers de la population seront exclus des outils numériques de base, l’accès à la santé, à l’information, aux services et même à la vie sociale restera inégalitaire. Pour les seniors, ce défi doit être abordé avec des solutions qui allient patience, pédagogie et accompagnement humain, afin que la transition numérique soit une opportunité d’inclusion plutôt qu’une source supplémentaire d’exclusion.

